À la clôture d’un exercice, une entreprise peut avoir reçu un bien ou bénéficié d’une prestation sans avoir encore reçu la facture correspondante. Cette situation doit être traitée en comptabilité, car la charge appartient bien à l’exercice clos, même si le document fournisseur arrive plus tard. C’est le principe de la facture non parvenue, souvent abrégée FNP.
La comptabilisation d’une FNP permet de respecter la séparation des exercices, d’éviter une sous-estimation des dettes fournisseurs et de présenter un résultat plus fidèle. L’enjeu est concret : une FNP oubliée peut fausser le compte de résultat, le bilan et l’analyse de la performance de l’entreprise.
Reconnaître une facture non parvenue au moment de la clôture
Une charge engagée, mais une facture absente
Une facture non parvenue correspond à une charge certaine ou suffisamment estimable, rattachée à l’exercice en cours, mais dont la facture n’a pas encore été reçue à la date de clôture. Le fait générateur est le plus souvent la livraison d’un bien, l’exécution d’une prestation de services ou la consommation d’un abonnement avant la clôture.
Quiz FNP : Comptabilisation
Exemple simple : une entreprise clôture ses comptes fin décembre. Un fournisseur réalise une intervention informatique le 20 décembre, mais envoie sa facture en janvier. La prestation ayant été exécutée avant la clôture, la charge doit être comptabilisée sur l’exercice de décembre, même si la facture arrive après.
Les justificatifs à réunir avant d’enregistrer la FNP
Une FNP ne se passe pas au hasard. Son montant doit reposer sur des éléments fiables : bon de commande, bon de livraison, devis accepté, contrat, relevé d’intervention, échange fournisseur ou estimation cohérente issue des habitudes de facturation. Plus le justificatif est précis, plus l’écriture sera solide en cas de contrôle ou de revue par l’expert-comptable.
Il faut aussi vérifier que la charge n’a pas déjà été comptabilisée via une facture reçue tardivement, une écriture d’abonnement ou une provision. Ce contrôle évite la double comptabilisation, l’une des erreurs les plus fréquentes lors des travaux de clôture.
Les comptes à utiliser pour comptabiliser une FNP
Le compte 408 pour constater la dette fournisseur
La facture non parvenue est enregistrée avec le compte 408, généralement intitulé Fournisseurs - factures non parvenues. Ce compte figure au passif du bilan, car il représente une dette envers un fournisseur. Le montant inscrit au compte 408 est le montant toutes taxes comprises, puisque la dette globale envers le fournisseur inclut la TVA lorsque celle-ci est applicable.
Plan comptable général : Référentiel officiel des comptes — Consultez la nomenclature officielle des comptes pour assurer la conformité de votre comptabilité avec les normes en vigueur.
En contrepartie, l’entreprise débite le compte de charge concerné : achats de marchandises, sous-traitance, honoraires, entretien, loyers, frais de transport ou prestations de services, selon la nature réelle de l’opération. L’objectif est de rattacher la dépense au bon poste comptable et au bon exercice.
Le compte 44586 pour la TVA à régulariser
Lorsque la TVA est déductible et que l’opération y est soumise, elle est généralement enregistrée dans le compte 44586, souvent utilisé pour la TVA sur factures non parvenues. Cette écriture permet de distinguer la charge hors taxes, la TVA à régulariser et la dette TTC envers le fournisseur.
Pour une facture estimée à 1 000 euros HT avec 196 euros de TVA, l’écriture de clôture se présente ainsi : une charge de 1 000 euros au débit, une TVA à régulariser de 196 euros au débit, et une dette fournisseur de 1 196 euros au crédit du compte 408.
| Compte | Libellé | Débit | Crédit |
|---|---|---|---|
| Compte de charge | Prestation ou achat rattaché à l’exercice | 1 000 € | |
| 44586 | TVA à régulariser sur facture non parvenue | 196 € | |
| 408 | Fournisseurs - factures non parvenues | 1 196 € |
Passer l’écriture puis la contrepasser sans créer de doublon
L’écriture de clôture : rattacher la charge au bon exercice
La comptabilisation d’une FNP intervient lors des travaux d’inventaire, à la clôture de l’exercice. Si une entreprise clôture au 30 juin N, elle doit rechercher les livraisons et prestations réalisées avant le 30 juin, mais facturées après cette date. Même logique pour une clôture fin décembre : les factures reçues en janvier peuvent concerner l’exercice précédent.
La démarche pratique consiste à identifier les commandes ou prestations non facturées, évaluer le montant hors taxes, calculer la TVA le cas échéant, puis enregistrer l’écriture dans le journal d’opérations diverses ou dans le module prévu par le logiciel comptable. Le libellé doit rester clair, par exemple : FNP prestation maintenance décembre ou FNP livraison fournisseur X avant clôture.
Cette écriture est temporaire. Elle sert à faire apparaître la charge au bon endroit, puis elle doit disparaître au début de l’exercice suivant. Sinon, la facture réelle s’ajoute à une charge déjà passée et crée un doublon dans les comptes.
La contrepassation au début de l’exercice suivant
Au début de l’exercice suivant, l’écriture de FNP est généralement contrepassée. Cela signifie que l’on passe l’écriture inverse : le compte 408 est débité, tandis que le compte de charge et le compte 44586 sont crédités. Cette étape neutralise l’écriture provisoire et prépare l’enregistrement normal de la facture fournisseur lorsqu’elle arrive.
Lorsque la facture définitive est reçue, elle est comptabilisée selon le processus habituel : débit de la charge et de la TVA déductible, crédit du compte fournisseur. Si le montant réel diffère légèrement de l’estimation initiale, l’écart sera absorbé dans l’exercice suivant. L’important est de conserver la trace de l’estimation et de la facture finale pour justifier le traitement retenu.
| Moment | Objectif | Écriture principale |
|---|---|---|
| Clôture de l’exercice | Constater la charge et la dette | Débit charge et 44586, crédit 408 |
| Début de l’exercice suivant | Annuler l’écriture provisoire | Débit 408, crédit charge et 44586 |
| Réception de la facture | Enregistrer la facture réelle | Comptabilisation fournisseur classique |
Ne pas confondre FNP et charge constatée d’avance
Deux écritures de régularisation opposées
La FNP et la charge constatée d’avance, ou CCA, sont toutes deux des écritures de régularisation liées à la clôture. Elles répondent pourtant à des situations inverses. La FNP concerne une charge consommée avant la clôture, mais non encore facturée. La CCA concerne une charge déjà facturée ou payée, mais qui se rapporte en tout ou partie à l’exercice suivant.
Exemple de CCA : une entreprise reçoit en décembre une facture d’assurance couvrant janvier à décembre de l’année suivante. La charge ne doit pas peser entièrement sur l’exercice en cours, car elle concerne une période future. À l’inverse, une FNP vise à faire entrer dans l’exercice une charge qui lui appartient déjà, mais dont la facture manque encore.
| Critère | FNP | CCA |
|---|---|---|
| Situation | Charge consommée, facture absente | Facture reçue, charge future |
| Effet sur l’exercice clos | Augmente les charges | Diminue les charges |
| Compte clé | 408 | 486 |
| Logique | Dette fournisseur à constater | Charge à reporter |
Le bon réflexe : partir de la période concernée
Pour trancher entre FNP et CCA, il faut se poser une question simple : la charge concerne-t-elle l’exercice qui se clôture ou un exercice futur ? Si la prestation est réalisée avant la clôture et que la facture manque, on est dans une FNP. Si la facture est déjà là mais couvre une période postérieure à la clôture, on est dans une CCA.
Cette distinction est essentielle, car les deux écritures n’ont pas le même effet sur le résultat. Une FNP augmente les charges de l’exercice clos et augmente les dettes au bilan. Une CCA réduit les charges de l’exercice clos et crée un actif de régularisation. Les confondre revient à inverser le traitement comptable.
Bonnes pratiques pour sécuriser la comptabilisation des FNP
Organiser la recherche des factures manquantes
La fiabilité des FNP dépend beaucoup de l’organisation de clôture. Il est recommandé de rapprocher les bons de commande, bons de livraison, contrats et factures reçues après la clôture. Les services opérationnels peuvent aussi signaler les prestations déjà réalisées mais non facturées : maintenance, conseil, sous-traitance, transport, travaux, honoraires ou achats récurrents.
Un tableau de suivi peut suffire pour les petites structures. Il doit mentionner le fournisseur, la nature de la charge, la date de livraison ou d’exécution, le montant estimé HT, la TVA, le TTC, le justificatif disponible et la date de réception de la facture finale. Ce suivi facilite la validation par le dirigeant, le responsable comptable, l’expert-comptable ou le commissaire aux comptes lorsqu’il y en a un.
Éviter les erreurs les plus courantes
Les principales erreurs consistent à oublier une FNP importante, enregistrer une estimation sans justificatif, comptabiliser la dette hors taxes au compte 408, utiliser un mauvais compte de charge ou ne pas contrepasser l’écriture au début de l’exercice suivant. Une autre erreur fréquente consiste à enregistrer la facture finale sans vérifier l’existence d’une FNP passée à la clôture précédente.
Pour limiter ces risques, il faut documenter chaque écriture, conserver les pièces d’appui et effectuer un contrôle après clôture des factures reçues tardivement. Une facture datée de janvier peut très bien concerner décembre ; ce n’est donc pas uniquement la date du document qui compte, mais la période réelle de livraison ou d’exécution.
Une FNP bien comptabilisée donne une image plus juste des charges, des dettes fournisseurs et du résultat. Elle ne complique pas la clôture pour le principe, elle la rend plus fidèle. Avec un compte 408 correctement utilisé, une TVA suivie via le compte 44586 et une contrepassation systématique, le traitement reste maîtrisable et conforme aux principes comptables.